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ACCIDENT FERROVIAIRE à M A U R Y



Il y a quelques décennies la ligne de chemin de fer, Quillan - Rivesaltes, alors gérée par la Compagnie du Midi, fut le théâtre d’une catastrophe ferroviaire, qui eut lieu à Maury, plus particulièrement au passage à niveau N° 82, à l’entrée est du bourg.

Cela faisait plusieurs jours que le mauvais temps sévissait sur les Pyrénées-Orientales. Déjà, en cet hiver pluvieux, on déplorait à Salses, des dégâts sur la grande ligne Narbonne-Cerbère, qui ont occasionné un déraillement, interrompant toutes relations ferroviaires nord-sud durant quelques jours. Même les chemins de fer départementaux, affectueusement surnommés ‘’Mata-Burros’’ (qui tue les ânes), souffriront également de ces intempéries sur leur réseau du littoral.

Avec ce mauvais temps qui persiste, le vendredi 16 décembre 1932, un négociant de l’Aude roulant vers Quillan dans sa Renault, gêné par le peu de visibilité s’approche vers 15h20 de Maury. Au même moment, le train 3965, composé de deux locomotives et 12 voitures, et conduit par les mécaniciens Surjus et Alary, se dirige vers la Perpignan. Convoi exceptionnel s’il en est, puisque justement à cause de la coupure de ligne à Salses, on a lui adjoint le Paris - Port-Bou, en gare de Carcassonne.


Avertie de l’approche de ce train, la garde-barrière, à plus d’un kilomètre de la gare de Maury, sort sous la rafale pour rouler les barrières coupant la nationale 117 (devenue depuis route départementale).

Pressé, aveuglé, on ne sait ; le conducteur de la Renault ne voit pas l’obstacle et le tamponne, en projetant les barrières au milieu de la voie, avant de s’y arrêter. La garde barrière, effrayée par une telle situation d’urgence, lui enjoint de l'aider à dégager rapidement la voie et de se garer plus loin. Ce qu’il fait, mais pour filer sans demander son reste. La brave gardienne essaie alors, tant bien que mal, de dégager l’amas de ferraille qui gêne la circulation, en envoyant son fils alerter le personnel à la gare ou les autorités au village.

Bien seule dans la tempête, elle aura beau faire signe avec un drapeau rouge (signal d’arrêt absolu), aux conducteurs du train reparti de la gare de Maury. En vain, ceux-ci surpris par l’obstacle aperçu trop tard, freinent leur lourd convoi de toute urgence, et vont le percuter.

Le train en déroute tamponne les restes de barrières, qui soulèvent la première locomotive en la faisant dérailler. La seconde la frappe et se couche à son tour. Les chaudières explosent dans de violents jets de vapeur, alors que les voitures s’entassent les unes sur les autres, c’est la catastrophe !

On relèvera 7 morts et 17 blessés. Le seul mécanicien rescapé, M. Surjus, aura la jambe amputé, afin de l’extraire de l’amas de ferraille. Lors de l'enquête qui suivit, on observera que de la conduite à deux locomotives, il semble que les mécaniciens de l'une ou de l'autre n'aient pas bien saisi le signal d'arrêt. L'un freinant, alors que l'autre au contraire poursuivait sa route. Quoi qu'il en soir, le fautif sera appréhendé quatre jours plus tard à Carcassonne, puis emprisonné à Perpignan. Il sera condamné aux dépens de la catastrophe.

Arrivés à cet endroit, qui n’a pas trop changé, à part les barrières et ses alentours ; ayons une pensée pour les victimes de cette catastrophe, qui s’efface dans le souvenir des habitants de Maury. C'était déjà, il y a bien longtemps...



Sources- J. ROUX & N. QUINTARD - Connaissance du Rail N° 147 - Mai 1993